Des égos blessés aux tragédies collectives, allers et retours
David Van Reybrouck décrit son livre Le Fléau comme une termitière. Il se trompe. C’est tout sauf un endroit obscur et inquiétant. Par contre, c’est bien un livre labyrinthique grouillant de savoirs, liés par les fils souvent surprenants de l’histoire, de la curiosité et de l’imagination. On en apprend de belles sur la vie des termites, le mouvement symboliste, le peuplement de l’Afrique australe, les balbutiements de l’entomologie, la morphinomanie, la naissance de la langue afrikaans, le soutien belge aux Boers en guerre, etc., etc. A travers tous ces détours, la trame passe habilement d’une enquête sur le plagiat d’Eugène Marais, poète et savant sud-africain, par Maurice Maeterlinck – une anecdote pratiquement insignifiante –, à la découverte de la société sud-africaine actuelle, des fractures tragiques qui la paralysent et de leurs origines culturelles, économiques et politiques. Le tout est souvent déroulé à travers les histoires d’hommes et de femmes, connus et inconnus. La force de ces portraits tient à leur inscription dans l’histoire en marche, les dimensions individuelles et collectives s’éclairant l’une l’autre – sauf peut-être dans le cas de Maeterlinck qui, assez fouillé, promettait pourtant plus de digressions sur le dense contexte belge du premier quart du siècle dernier. Sans doute cette tache aveugle se réduira-t-elle avec la publication imminente d’un autre ouvrage de l’auteur, sa somme sur l’histoire du Congo.
On sort de cette lecture étourdi par un voyage tourbillonnant dans l’espace et dans le temps, et par la découverte du très précieux talent de raconteur d’histoires qui s’y révèle.
Actes Sud