David Van Reybrouck décrit son livre Le Fléau comme une termitière. Il se trompe. C’est tout sauf un endroit obscur et inquiétant. Par contre, c’est bien un livre labyrinthique grouillant de savoirs, liés par les fils souvent surprenants de l’histoire, de la curiosité et de l’imagination. On en apprend de belles sur la vie des termites, le mouvement symboliste, le peuplement de l’Afrique australe, les balbutiements de l’entomologie, la morphinomanie, la naissance de la langue afrikaans, le soutien belge aux Boers en guerre, etc., etc. A travers tous ces détours, la trame passe habilement d’une enquête sur le plagiat d’Eugène Marais, poète et savant sud-africain, par Maurice Maeterlinck – une anecdote pratiquement insignifiante –, à la découverte de la société sud-africaine actuelle, des fractures tragiques qui la paralysent et de leurs origines culturelles, économiques et politiques. Le tout est souvent déroulé à travers les histoires d’hommes et de femmes, connus et inconnus. La force de ces portraits tient à leur inscription dans l’histoire en marche, les dimensions individuelles et collectives s’éclairant l’une l’autre – sauf peut-être dans le cas de Maeterlinck qui, assez fouillé, promettait pourtant plus de digressions sur le dense contexte belge du premier quart du siècle dernier. Sans doute cette tache aveugle se réduira-t-elle avec la publication imminente d’un autre ouvrage de l’auteur, sa somme sur l’histoire du Congo.
On sort de cette lecture étourdi par un voyage tourbillonnant dans l’espace et dans le temps, et par la découverte du très précieux talent de raconteur d’histoires qui s’y révèle.
Le fléau
David Van Reybrouck
traduit du néerlandais (Belgique) par Pierre-Marie Finkelstein
Actes Sud
Proposé par Thomas Lemaigre
Via Scoop.it – Critique littéraire

David Van Reybrouck Auteur du livre Le Fléau. Sa Bibliographie Mission, suivi de: L’Ame des termites,Le Fléau, .
Via www.lecture-ecriture.com
Une nouvelle séquence à la librairie : ‘Table d’hôte’, une table de livres présentés par un ami, un habitué, un lecteur (ce pourrait être vous ! ) qui propose sa sélection, qu’elle soit thématique ou simplement subjective. C’est Marc Rijmenant qui inaugure avec un ensemble de titres de littérature amérindienne. Des découvertes à faire, assurément !
Les livres sont présents en librairie jusqu’à fin décembre.
Le récit d’expériences vagues, de moments vidés de leur sens par l’absence d’un époux suicidé, c’est l’essentiel de ce roman. Quantité de sensations précises, lumineuses et vertigineuses dépeignent une étrangeté à soi-même qui submerge tout, jusqu’à s’incarner dans un personnage mi-avorton mi-revenant, réel ou imaginé par celle qui reste, Lauren, body-artist, qui n’est plus elle-même, ni par le corps, ni par les sensations, ni par la voix et les paroles.
Mais en réalité, l’usure de l’existence était là avant le drame, comme le montre la vacuité de la scène du petit déjeuner, longue, déprimante et sinueuse, qui ouvre le livre. DeLillo réussit ici un exercice troublant, qui n’est pas sans rappeler le Nouveau roman dans ses aspects les plus hypnotiques – et pour d’aucuns, les plus insupportables… Plusieurs fois on hésite à déposer le livre et à ne plus y revenir. Autant de fois, on se dit que tout tient sur la brièveté (une centaine de pages), sur un impressionnant empilement d’ellipses, et sur une écriture et une trame magnétiques.
Body Art
Don DeLillo
Actes Sud Babel
traduit de l’américain par Marianne Véron
(présenté par Thomas Lemaigre)